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Journal d’une Camgirl #407 – Berlin m’appelle

Précédemment dans le journal d’une camgirl : c’est l’été et enfin, la date de mon premier tournage est fixée. Il s’avère que je dois moi-même réaliser une des deux scènes prévues, et je n’avais pas prévu de faire ça si vite. Panique.

J’ai pris mes billets d’avion. J’ai la chanson « Berlin » de Christophe Willem en boucle dans la tête depuis quelque jours. Je ne pense évidemment qu’à mon voyage. Et puis je panique. Je dois pondre un mood board et un story board pour dans un mois, et je ne sais même pas laquelle de mes idées je vais essayer de tourner. Heureusement que j’avais pris plein de notes pendant les mois qui viennent de s’écouler. Je pensais tourner un de mes films vers octobre ! J’avais pas du tout compris que Parker voulait faire ça tout d’un coup. En même temps c’est logique, c’est ce qu’on appelle du « content trade » : je tourne pour lui gratuitement, il tourne pour moi gratuitement, comme ça on économise en budget. Un échange de bons procédés en somme.

Ya un truc qui m’embête et qui revient souvent, et qui me fout vraiment la pression alors que j’essaie difficilement de préparer mon premier tournage. Quand je parle de porno, on me demande à chaque fois si je vais tourner pour Four Chambers, ou si je vais faire des films dans le même genre. On a bien repéré que j’étais dans l’entourage de Vex et j’ai l’impression que les gens s’attendant à ce que je fasse des films dans le même style. Je vais pas mentir, ça me fait énormément paniquer. Pour avoir vu la quasi totalité des films que Four Chambers produit, je sais très bien que je suis loin de cet univers. Vex a fait les beaux-arts, c’est une artiste. En plus elle a une communauté 100 ou 1000 fois plus large que la mienne qui lui apporte un soutien financier (mérité, entendons-nous bien) pour ses productions, ce qui lui permet de produire des choses dingues et de payer les performers hyper hyper bien. Moi j’ai encore rien fait, j’ai aucune thune, j’ai juste eu l’idée de tourner… et des fois quand je flippe je me demande si c’est pas uniquement parce que j’étais peut-être un peu saoule, ou en train d’essayer d’impressionner un mec trop beau.

Mais soyons clairs : je ne pourrai jamais faire ce que Vex fait. Elle a une vision d’artiste incroyable, elle a complètement déconstruit les codes du porno. Moi, je suis une enfant du mainstream. J’aime bien les trucs cucul, les clichés, les costumes… et la culture pop. J’ai pas de référence à des réalisateurs indépendants, ni à des films d’auteur, à des poètes sombres ou des peintres post-modernistes. Au ciné j’ai vu Titanic et le Diable s’habille en Prada, dans mon cartable j’avais des Stephen King, je jouais à Zelda, aujourd’hui j’écoute Lady Gaga, je regarde Ru Paul’s Drage Race – et je bloque sur Christophe Willem donc. Je suis pas très underground, ni hipster, ni trendy. Attention, j’adore l’art (classique) et je lis de la littérature (classique), je vais aussi à l’opéra (classique), donc ça fait également partie de moi, mais ça ne me définit pas, pas seulement en tout cas.

Bon. En plus de tout ça, il y a la question du matériel. Dès que je me penche sur le sujet, j’ai l’impression de ne rien comprendre du tout, et là encore, je panique. Dans quoi je me suis lancée putain ?

Je sais que l’appareil photo est suffisant pour filmer, puisque c’est avec ça que j’ai fait le reportage au Hellfest, mais il va falloir compléter : un micro, des cartes DS, un trépied… ça me file le tournis. Je regarde les sites spécialisés, je fais défiler des pages et des pages d’articles et de produits auxquels je ne connais rien du tout. Je ne sais pas quoi choisir, je ne sais pas ce qu’il me faut surtout, car je n’ai qu’une très vague idée de comment ça va se passer. J’ai plein de conseils qui m’arrivent de partout, pour la lumière le son, le cadrage… On me dit que le son c’est hyper important et ça fait toute la différence, alors que je ne m’étais même pas posée la question de comment j’allais gérer ça. Dans le stress je me rends quand même compte que j’ai de la chance d’avoir autant de soutien, qu’il soit moral, technique ou même financier, puisque j’ai reçu un don qui couvre le montant d’un trépied assez chouette, que je m’empresse de commander. On a prévu de le tester avec Barth la semaine prochaine, pour m’enlever la pression de ne pas savoir l’installer le jour même.

Je réécoute une millième fois la chanson « Berlin » pour voir si j’arrive à me la sortir de la tête. Les paroles me frappent soudain.

Berlin me veut, j’embrasse une langue étrangère
La nuit transpire, je veux qu’on me respire.
J’aime à la pelle Berlin ma belle.
Mon ailleurs, c’est ici, Berlin m’allume, je m’oublie.
Elle me suit où que j’aille.
Dangereux voyage quand on se perd dans l’univers.
J’oublie ton visage et jaillit l’envie où que j’aie-aille.

Je crois que ça y est j’ai trouvé.

J’ai eu une sorte d’illumination, un de ces moments que je pensais jamais connaître. Je crois que c’est ça l’inspiration, la création. Toute ma vie, j’ai été très pragmatique et on ne m’a jamais encouragée à devenir artiste. Je suis pourtant musicienne, mais même là, je me suis toujours contentée d’interpréter une partition. Là, il se passe quelque chose. Je créé, j’invente une histoire. J’inscris tout en haut, dans la case titre : « Berlin m’appelle ».

Bon, attention, c’est pas le scenario du siècle, au contraire c’est très « meta ». Mon idée est la suivante : Carmina va à Berlin, elle va boire un verre avec son pote Parker et au fur et à mesure de la conversation, il lui transmet l’envie de faire du porn, un peu comme un vampire vous transforme quand il vous mord. Ça vous rappelle quelque chose ? Normal c’est arrivé et je l’ai déjà raconté ici. Mais après tout pourquoi pas ? Moi ce que je veux c’est montrer des trucs normaux, des gens normaux. Je veux pas que ma première scène soit archi jouée, avec des costumes bizarres ou des situations qui me mettront mal à l’aise. Je veux du simple, du vrai.

Mood Board de « Berlin m’appelle »

Je commence à noter mes idées, mes intentions, et je me rends compte que je sais exactement où je vais. Je puise dans mes souvenirs, mes savoirs, mes émotions. Qu’est-ce qui m’a fait bander dans la vie ? Le clip de Demon, l’épisode 7 d’Outlander, telle scène de Game of Thrones… Oui, c’est de la culture pop. Mais c’est moi.

Mon porn, il sera pas comme celui de Vex, ou celui d’Ovidie.
Il sera comme moi.

Photo en une par Barth.

La suite au prochain épisode...

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