Journal d’une Camgirl #304 – Vive la rentrée

Précédemment dans le journal d’une Camgirl : l’été se termine, même si les vacances ont été courtes. En effet, mes différentes activités me maintiennent bien occupée et ce n’est pas prêt de se calmer…

Septembre, le moment est venu de se remettre sérieusement au travail (tous métiers confondus).  J’ai reçu des cadeaux cet été :  de la nouvelle lingerie à essayer et du lubrifiant à la pastèque. Je suis donc parée pour reprendre les live. En me regardant dans le miroir. Je suis un petit peu triste car j’ai terminé l’école de Roller Derby et je n’ai pas le niveau pour entrer dans l’équipe. Du coup je suis passée de 6 à 8 heures de patin par semaine à zéro sport. Je sens déjà que ça me manque et j’ai super peur de regrossir. C’était appréciable de pouvoir manger sans me préoccuper des calories et de voir mes cuisses et mon cul s’améliorer de semaine en semaine. C’était la première fois que je prenais plaisir à m’entraîner, et que j’avais un vrai but quand je faisais de l’exercice à la maison. Sans compter que voir mon reflet sur Chaturbate devenir plus mince et ferme, ça aidait carrément à se sentir sexy. Bref.

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Il m’est passé un truc un peu bizarre par la tête. Je ne sais plus trop comment, j’ai découvert qu’il y avait des cours de langue Aztèque à la fac de Toulouse. Je me suis dit que ce serait cool de les prendre, puisque je n’aurais plus d’entraînement pour m’occuper. Lorsque j’ai téléphoné pour me renseigner, on m’a expliqué que ça pouvait se prendre en cours du soir, ou bien en cursus diplômant à la fac. Et là tout de suite dans ma tête ça a fait tilt « Et par exemple en licence d’archéologie ça marcherait ? » La fille a dit oui et m’a demandé des infos sur mon bac. Je réalise la date : juin 2001. Il y a 15 ans. Je me suis replongée dans mes souvenirs de l’époque. Le corps enseignant m’avait déconseillé d’étudier l’archéologie car c’était un secteur sans avenir professionnel, sans débouchés. Et je me suis retrouvée en école de commerce un peu par hasard,  sous la pression familiale et sociale. Entourée de gens qui ne me ressemblaient pas, j’ai passé 3 ans plutôt difficiles, à me sentir rejetée, pas à ma place. J’ai tenté de faire de mon mieux, de tirer quelque chose de tout ça, de rentrer dans le moule et de faire comme tout le monde. Quelle erreur…

Aujourd’hui je me sens bien mieux dans ma peau et j’ai arrêté de me poser des questions sur ce que je dois faire ou pas, si ça va plaire aux autres ou si on va m’aimer ou pas. Je m’écoute, je prends des décisions, j’ose (#yolo). C’est comme ça que le lendemain sans trop comprendre pourquoi, je me suis inscrite à la fac. Je suis super excitée et j’ai hâte de recevoir mes cours pour commencer à travailler.

Côté journalisme, Stephen m’a confié la mission d’interviewer Manuel Ferrara, qui vient de se mettre au streaming de jeux vidéo. J’ai un peu la pression parce que c’est quand même une pointure dans le milieu et qu’il a dû être interviewé des tonnes de fois. Même si ce n’est pas ma première interview, je ne voudrais pas avoir l’air nulle, ou rendre un truc pas intéressant. À l’heure du rendez-vous je flippe un peu, mais je me rends compte que me connecter à un Skype avec quelqu’un avec qui je n’ai jamais parlé avant c’est pas stressant en fait, je fais ça tout le temps… et puis j’ai travaillé mes questions et le sujet. En effet ça se passe très bien, il est on ne peut plus abordable et sympa et surtout ravi qu’on parle jeux vidéo, ça doit le changer j’imagine. En réécoutant l’interview, je m’entends glousser comme une gamine, à la fin lorsque je lui ai expliqué que j’étais camgirl sur Chaturbate et qu’il a répondu « Oh tiens je vais aller voir ça… » en faisant un clin d’oeil.

J'ai rencontré la belle @mimomolette aujourd'hui. #cats #catsofinstagram #catsofig #instacat

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J’ai profité d’un salon professionnel auquel je devais me rendre pour passer du temps à Paris. J’ai pris des rendez-vous avec des photographes et des amis. Pendant la séance photo avec Britney Fierce, on a pas mal discuté toutes les deux. Elle me dit qu’elle part bientôt à Berlin, pour se rendre au 11e PornFilmFestival Berlin. Elle me demande d’ailleurs pourquoi je n’y vais pas moi, étant donné que c’est quand même un peu mon sujet de travail pour le Tag Parfait. Bonne question, tiens. Je l’ai d’ailleurs reposée à Stephen le lendemain au déjeuner. Il me répond laconiquement que par manque de temps il ne peut pas y aller, mais qu’il peut me payer le transport pour m’y rendre si ça me dit. J’écris tout de suite à Britney et je lui dis qu’on se voit à Berlin le mois prochain (#yolo). En attendant, je profite de ma dernière soirée à Paris pour me rendre à l’anniversaire d’une copine de Twitter, soirée qui s’est révélée être riche en rencontres toutes aussi chouettes les unes que les autres. Des modèles, des journalistes, des activistes, des tatoueuses, des réalisatrices de films porno et même une performeuse. Et des paillettes à foison. J’ai passé une soirée formidable.

De retour à Toulouse, j’ai une alerte Google sur mon pseudo. Un journaliste qui m’avait envoyé deux ou trois messages auxquels je n’avais pas tellement eu le temps de répondre étant en déplacement, a écrit un article qui parle de mon activité de camgirl, mais d’une manière vraiment naze (et ce titre…). Je suis fâchée qu’on dise tout et n’importe quoi sur mon métier. La plupart des journalistes n’ont même pas envie de savoir ce qu’on a à dire, ce qu’on fait vraiment. C’est pas la première fois qu’on me fait des remarques sur mon traitement orthodontique que je paie avec l’argent de la webcam, ça fait quoi ? Il fallait que je fasse quoi avec ? Si je m’étais payé des chaussures ou des vacances on m’aurait sans doute encore plus critiquée. Faut vraiment que quelqu’un explique aux gens comment ça marche la webcam. On gagne notre vie, on se fait insulter, les gens s’énervent parce que je reçois des cadeaux alors que je fais « que de me branler devant mon écran » et en plus j’ai pas le droit de faire ce que je veux de mon argent ? Super.

C’est vraiment chiant. Et faire des thread sur Twitter au bout d’un moment, ça suffit pas. Alors, j’ai pris une décision que je repoussais un peu dans un coin de ma tête et j’ai envoyé un mail à Fred de la Revue Far Ouest, que j’avais rencontré le mois dernier.

On va le faire ce documentaire.

3 réflexions sur “Journal d’une Camgirl #304 – Vive la rentrée

  1. Ha ces journalistes, le souci c’est que dans leur monde/tête/microcosme une cam girl doit faire ca pour se payer une opération vitale ! ca vend mieux et ca correspond plus à leur vision !

    En plus, tu as eu l’outrecuidance de ne pas lui preter attention ! houuuuu le crime de lèse- majesté ! (« et ben puisque que c’est comme ca, je vais mettre ce que je veux dans mon article, elle avait qu’a me répondre na ! comment ca elle a une vie ? merde c’est pour l’Obs, quand même  » )

    En tout cas, merci pour ce blog, je ne suis pas amateur de cam mais c’est très distrayant et surtout instructif à lire ( c’est bien écrit alors ca aide un peu aussi !)

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