Journal d’une Camgirl #305 – TLS / TXL

Précédemment dans le Journal d’une Camgirl : Septembre a été riche en décisions plus ou moins impulsives. Je suis inscrite à la fac, je commence à travailler sur un documentaire et en plus de tout ça, j’ai pris des billets d’avion pour Berlin…

Les cours ont commencé depuis 15 jours, je jongle maintenant entre la fac, le boulot, les articles, le blog, la photo, les shows webcam et le documentaire qu’on est en train de commencer avec Fred. Mes journées étaient déjà bien remplies en temps normal, là ça demande encore plus d’organisation.  Je prends l’avion souvent car je partage de plus en plus mon temps entre Toulouse et Paris. Et puis à la fin du mois, je pars à Berlin pour le Festival du film Porno. Je n’y suis jamais allée, j’ai super hâte.

Je poursuis les shows bien entendu et les privés qui marchent toujours aussi bien. J’ai les noms des payeurs sur ma cagnotte et des fois ça me donne envie de les stalker, mais j’essaie de toujours garder mes distances, j’ai un peu peur de ce que je pourrais découvrir mais je ne comprends pas pourquoi. J’arrive à maintenir un certain rythme de diffusion (2 à 3 fois par mois en public, plus des shows privés). J’aimerais diffuser plus souvent, mais avec les cours, le travail, les déplacements, ça devient compliqué.

ninetwenty camgirl carmina 2016

Et puis le 26 octobre est arrivé. J’ai pris l’avion tôt, de Toulouse à Munich, puis de Munich à Berlin. C’est la première fois que je mets les pieds dans cette ville. Heureusement, j’ai la chance d’avoir une guide de qualité, puisque je rejoins Britney Fierce qui connaît la ville presque par cœur. Le temps de poser les valises et on part en direction du Moviemiento, le cinéma indépendant qui accueille le PornFilmFestival. Je récupère un badge presse au nom de Carmina avec ma photo dessus. ça fait super bizarre car j’ai toujours pas l’impression d’être journaliste, alors que je suis là expressément pour couvrir l’événement. Britney vient pour Barbieturix donc elle aussi a son pass. C’est quand même top car ça signifie qu’on va pouvoir aller à toutes les séances qu’on veut gratuitement. On a commencé tout de suite à regarder le programme de la semaine (pour être honnête je me suis sentie bête car Britney avait tout épluché avant de venir et fait une présélection, alors que moi je suis pas du tout organisée, j’avais juste pris un carnet et mon rélfex en mode YOLO).

L’ambiance est incroyablement cool et détendue. Les gens sont super gentils, tout le monde vient ensemble regarder du porno et pourtant c’est pas bizarre.  On a commencé par un long métrage franchement drôle, toute la salle riait aux blagues, comme lors d’une séance d’un film classique, sauf que là ça enchaînait avec de longues scènes bien porno. Le programme du festival est super chargé. On a fait 3 séances de deux heures rien que le premier jour. Puis le lendemain, dès 10h30 on a enchaîné des films, des scènes porn, des documentaires. Ludivine est là aussi, on passe les journées dans le cinéma, puis on sort pour grignoter vite fait, et on y retourne. Je fais le reportage sur Snapchat sans faillir, je suis contente car j’ai des retours, des gens qui me posent des questions, qui interagissent. J’ai pas l’impression d’être là pour rien, en bonus je me cultive et je passe un super bon moment.

L’intérieur du Moviemiento

Arrive le vendredi. Je commence à paniquer parce que je dois réaliser des interviews, étant donné que tout « le gratin » de la scène indépendante est là, mais j’ose pas trop aller parler aux gens. J’ai juste échangé avec une des performeuses françaises et croisé un réalisateur, français également. J’ai peur de dire des bêtises ou de pas poser les bonnes questions. Je reconnais des visages dans la foule. J’ai croisé Lily Cade, Nenetl Avril, Lenore Holloway, Parker Marx, Paulita Pappel, Jesse Stryder, Valentine, Rooster, Pandora Blake, KAy Garnellen et tellement d’autres ! Grâce à la bonne réputation du Tag dans le milieu, je suis même invitée ce soir à la fête organisée par Ersties, un événement privé en marge du festival. Je trouve ça super, mais encore une fois, je le vis comme un petit stress. J’ai l’impression de m’incruster et de pas mériter ma place.

J’ai vu que Vex était arrivée hier soir, ainsi que Blath, et ce sont deux personnes dont je suis le parcours depuis un moment avec qui j’ai très envie de discuter, notamment de webcam. Je me lance finalement vers Vex quand je la croise dans le salon du cinéma. Je me sens toute maladroite et en plus, je dois enregistrer la conversation, prendre des photos… J’essaie de garder en tête la phrase que mon chéri m’a dite hier au téléphone : « T’as pas à avoir peur ou à être impressionnée. Tu travailles dans LE media dédié au porno, tu ES camgirl. Comme Vex, comme Blath, tu fais partie de ce monde. » Je me présente puis commence l’interview. Vex est si pertinente et intéressante ! Adorable surtout. Puis, à un moment, alors qu’on parle de webcam elle me dit quelque chose comme « Peut-être que c’est pareil pour toi, non? Depuis combien de temps tu le fais ? »  Dans ma tête il y a comme un petit déclic : on n’est plus dans l’interview, on discute, on échange, en égales. Je réalise que mon chéri avait complètement raison.

Quelques minutes plus tard, je reçois un SMS de Dwam, que j’avais rencontrée lors d’une soirée à Paris le mois dernier. Elle est présente au festival pour le week-end. Je la retrouve dans le ciné et on commence à discuter. On est rapidement rejointes par des performers qui la connaissent et qui viennent la saluer. Blath arrive, on me présente, puis Vex revient discuter avec nous et d’autres performers. On parle de la soirée de ce soir. Apparemment tout le monde y va après la projection des courts métrages de Four Chambers. J’ai hâte, finalement.

Le moment venu, je suis Dwam et le groupe à la soirée organisée sur le thème du cirque. Il y a un buffet immense, une voyante, des artistes qui jonglent et jouent de la musique, un open bar. Je commande des rhum coca en regardant ce qui se passe sous mes yeux un peu intimidée. Et d’un coup, dans le coin, je vois un visage que je connais très bien. Owen Gray. Putain, c’est Owen Gray là, en train de manger de la barbapapa à 3 mètres de moi. Il a l’air super timide, il est encore plus gêné que moi. On fait un selfie, on discute un peu. J’hallucine.

Peu après je vois le mec qui m’avait fait carrément craquer pendant une des projections. Je donne un coup de coude à Dwam en lui disant « Regarde c’est le mec trop beau qui était dans Female Ejaculation tout à l’heure ! », elle me tire par la manche et elle me pose devant lui en faisant « Hey regarde je te présente Carmina, elle dit que t’es canon. » Je sais carrément plus où me mettre. Heureusement, j’ai plus d’un tour dans mon sac et je me démêle de la situation avec brio. Je discute avec lui, on plaisante, c’est chouette. Soudain, je vois passer un cortège de meufs, avec Dwam en queue de peloton. Je lui demande où elles vont. Elle m’attrape par le bras et m’emmène à leur suite, vers les toilettes pour femme. Ce moment, je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai eu l’impression que mon corps se détachait de mon esprit et que je me voyais d’en-haut, trottinant derrière les filles sur la moquette rouge vif de la salle de réception.

« Tu te rends compte de ce qui se passe là ? T’es à Berlin. À une soirée privée avec tous les performers et réalisateurs de porn indépendant d’Europe et même du monde. T’étais où avant ? Tu faisais quoi ? Et maintenant… regarde. »

On arrive dans les toilettes, qui sont immenses, et on commence à discuter en attendant que ça se libère. Je bois littéralement les paroles de tout le monde. Blath parle de la réaction de ses parents par rapport à son métier. Vex est là. Il y a aussi Lenore et Vicky King, Dwam. Et je les entends se raconter leurs anecdotes, leur peurs, leur expérience. Toutes ces angoisses que j’ai depuis que j’ai commencé la cam il y a 2 ans et demi, elles ont les mêmes. Elles ont vécu la même chose que moi. Je me sens tellement bizarre à ce moment là, j’ai du mal à réaliser où je suis et ce qui se passe, je suis prise d’une émotion intense. J’aimerais que ça ne s’arrête jamais, j’ai mille questions à leur poser, j’avais jamais rencontré de gens qui comprenaient ce que je vivais et les épreuves que je traverse au quotidien. Elles me parlent, me posent des questions, me demandent d’où je viens. Soudain, je craque. C’est trop : la fatigue, l’alcool et le stress de ces derniers jours l’emportent et je n’arrive plus à maîtriser mon émotion. Je suis en train d’essayer de leur expliquer ce que je ressens mais les mots ne viennent pas et je sens les larmes perler au coin de mes yeux. Pas des larmes de tristesse non, au contraire. Un mélange de bonheur, de plénitude et de soulagement. J’ai l’impression d’être enfin chez moi, d’avoir trouvé ma famille. Je pleure maintenant carrément, quand soudain je vois Blath et Vex émues, qui viennent me faire un câlin pour me consoler, rejointes par les autres. Le tout se termine en hug géant, moi au milieu toujours complètement hallucinée et en train de pleurer comme jamais, les autres si gentilles et chaleureuses. C’est complètement fou. On finit en prenant mille selfies de groupe avant de rejoindre la fête. J’appelle mon chéri, je re-pleure au téléphone en entendant sa voix : à cet instant il me manque tellement, j’aimerais pouvoir courir jusqu’à la maison pour le rejoindre.

Les fameuses toilettes

Au lieu de ça, je suis rentrée en métro puis en tram. Malheureusement, j’étais tellement épuisée que je me suis endormie. J’ai loupé mon arrêt. Quand je sors du tram, je me retrouve perdue loin de l’appart, sans mon portable qui a disparu. Je suis complètement crevée, je cherche ma route, sans moyen d’appeler de taxi ni de me repérer autre que le plan du tram. Là, un mec vient me parler pour « m’aider » mais je réalise vite qu’il essaie en fait de me toucher les seins et le cul. Je cherche à me sauver, une voiture s’arrête, mais me laisse finalement plantée. Le mec me lâche pas. Au loin j’aperçois un taxi, je cours comme une débile vers lui et saute dedans. Enfin rentrée, je passe une partie de la nuit à vomir, énervée et épuisée par toutes ces émotions diverses et hélas pas toutes positives.

Il reste cependant deux jours à tenir. J’ai plus de portable, je suis un peu secouée, mais j’ai encore des interviews à faire, des conférences à aller voir et des films par dizaines à regarder. Heureusement que je suis bien entourée. Ludivine et Britney me prêtent leur smartphone à tour de rôle, je réussis à finir le week-end sans souci. J’ai enfin interviewé Owen Gray ainsi que KAy, et Paulita la directrice du festival, qui est un amour.

En pleine interview d’Owen Gray

Il reste aussi deux soirées. La première a lieu dans une boîte branchée. Je regarde les looks des gens et je me sens incroyablement banale et basique, alors que pourtant je passe toujours pour l’excentrique de service. Mais là, sérieusement, j’aimerais être recouverte de diamants pour ressortir un minimum du lot. Tout le monde est beau, fabuleux, queer, sexy. C’est génial.

Le lendemain, je vis un grand moment de solitude alors que je dois expliquer à l’officier de police comment je me suis fait voler mon téléphone et agresser sexuellement, le tout entièrement en allemand. Je peste toute la journée car je réalises que les selfies de vendredi sont dans mon téléphone et sont donc probablement perdues à jamais. C’est le dernier jour du festival, et il reste encore quelques projections et la soirée de clôture et de remise des prix. J’ai eu 2 pronostics corrects sur les gagnants. Je rentre enfin à l’appart, tard. Le temps de dormir quelques heures et je suis déjà dans l’avion du retour. Je suis lessivée. Je ne sais même pas comment je tiens debout.

Arrivée à l’aéroport de Blagnac, je vois mon copain qui m’attend quand les portes coulissantes s’ouvrent. Je m’écroule dans ses bras et me remets à pleurer, encore. De joie clairement, mais un peu de fatigue aussi sans doute. J’ai hâte de tout lui raconter en détails.

Le retour est un peu dur cependant. Je suis si heureuse d’être rentrée, mais pourtant si triste de ne plus être à Berlin !

Je ne saurais pas dire pourquoi, mais j’ai l’impression étrange que toute ma vie a basculé.

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