Journal d’une Camgirl #307 – Festivals, partiels et antibiotiques

Précédemment dans le journal d’une camgirl : le voyage à Berlin m’a pas mal chamboulée. Je réfléchis à des problématiques nouvelles. Je me pose plein de questions. Malheureusement, mon emploi du temps chargé ne me laisse pas le loisir de prendre le temps d’une réflexion plus profonde.

Je reviens de Montpellier où j’étais partie pour le festival Explicit. On est fin novembre et je n’ai pas vu passer les 2 mois qui viennent de s’écouler. Je suis un peu en vrac après les rencontres de ce week-end. J’ai vu des films, des performances vivantes, des documentaires, une conférence, un spectacle. Le point commun : un engagement réel pour défendre la cause queer, les travailleurs du sexe, les sexualités en général, le porno. Je me sens bien, entourée de ces gens. La réputation du Tag Parfait me précède et on m’accueille toujours très bien, je suis heureuse de faire partie des gens qui défendent le porno et le considèrent comme il devrait l’être : un media comme un autre, qui a des choses à dire, à montrer, des messages forts à faire passer.

Le week-end en soi a été génial, j’ai été accueilli par un follower de Twitter que je ne connaissais pas, chez lui.  Une fois sur le lieu du festival, j’ai rencontré Viviane ainsi que Gérald et Laurie-Anne de la Fête du Slip,  que j’avais loupés en octobre à Berlin. J’ai passé un moment des plus agréables avec eux et j’ai décidé que j’irai les revoir en mars à Lausanne (spoiler alert : j’ai bien fait, ndlr).  Puis j’ai rencontré Marianne Chargois et des gens du STRASS, j’ai écouté leurs paroles avec attention. Tout était vraiment enrichissant… Et surtout, il y a eu cette rencontre.

J’ai discuté pendant près de deux heures avec Buck Angel. Une personnalité que je connais depuis un moment. Je me souviens très bien l’avoir vu chez Howard Stern il y a une dizaine d’années (l’émission est trouvable en ligne mais horriblement transphobe, ndlr). Ce mec est incroyable d’optimisme et de positivité, avec tout ce qu’il a pris dans la tronche pendant toutes ces années. On a discuté de tout son parcours pendant longtemps car on était très en avance sur le planning. Je suis ressortie de là plus chamboulée encore qu’auparavant et chargée d’une énergie nouvelle, avec l’envie d’en faire encore plus qu’aujourd’hui.

Buck Angel par Carmina pour Le Tag Parfait

On a un peu dérivé de l’interview à un moment. Je fais souvent ça, je m’en rends compte avec le recul. Je suis dans une position compliquée, j’ai envie de faire un bon travail de journaliste, mais toutes ces rencontres sont super chargées émotionnellement pour moi. Je me sens à un moment charnière de ma vie alors parfois, je me confie et les retours que j’ai sont incroyables. Tous les gens de cette communauté m’aident d’une manière ou d’une autre, c’est incroyable. Buck m’a dit des choses qui résonnent en moi encore aujourd’hui, alors qu’on discutait de sa scène avec Valentina Nappi.

 

Après toutes ces émotions en rentrant Toulouse, j’ai quand même eu le temps de faire 2 shows au mois de décembre. J’avais prévu de les faire assez tôt dans le mois, même ceux sur la thématique de Noël, car les premiers partiels arrivent bientôt et je me connais, je vais réviser surtout dans les derniers jours (on se refait pas) et puis il y aura les moments en famille, qui sont tout sauf propices à exercer son métier de travailleuse du sexe, on s’en doute. J’ai aussi répondu à une interview, des jeunes femmes voulaient parler de la webcam dans leurs projets de fin d’étude. Du coup, une fois que tout cela était fait, j’ai pu me concentrer sur les révisions, la famille, Noël.

ninetwenty camgirl noël

Parlons-en de la famille, justement. Malgré le fait que c’est un plaisir de les voir, je me sens parfois évoluer dans un monde si différent que ça en devient douloureux. J’ai été élevée dans des grandes maisons toujours remplies de frères, sœurs, cousines et cousins, oncles et tantes qui partageaient beaucoup et je me vois doucement m’éloigner d’eux. Cela me rend si triste. J’aimerais leur parler de mes projets, du blog, du documentaire, des interviews et je ne peux pas. Mes parents ne savent encore rien. Mon frère et ma sœur si, mais on n’en parle jamais. C’est un poids pour moi de devoir leur mentir, de garder des secrets. Enfin, c’est pas comme si ça allait longtemps rester un secret. J’arrête pas de gaffer sur plein de trucs. Comme ce moment où j’ai failli dire que mes ex étaient des hommes *et femmes* plutôt cultivés, manquant de faire un coming-out devant tout le monde. Je me suis rattrapée juste à temps. PArfois, même mon pseudonyme me pèse, je suis fière de ce que je fais, je n’ai pas envie de m’en cacher et utiliser un faux nom m’ennuie.

Mes parents sont venus me rendre visite à Toulouse. Comme à chaque fois, j’ai nettoyé tout l’appart : plus de sextoys nulle part, de lingerie trop chelou qui traîne, de magazines ou flyers porno qui datent de Berlin. J’ai passé toutes les pièces au peigne fin.

Mais la boîte aux lettres… J’ai oublié la boîte aux lettres !

Moment de solitude intense quand mon père me demande candidement « Pourquoi c’est écrit Carmina sur ta boîte aux lettres ? ». Je n’ai pas trouvé d’excuse valable sur le coup. J’ai bafouillé et j’ai fait comme si de rien n’était. On est passés à autre chose, plus ou moins.

Le nouvel an est passé et tout de suite les partiels sont arrivés. J’y suis allée confiante et heureuse. J’étais ravie de mettre mes compétences à l’épreuve. Je ne sais pas pourquoi j’ai toujours aimé ça. J’avais l’impression d’avoir assez révisé pour la plupart des matières. Cela s’est relativement bien passé je dirais. Je suis tellement heureuse d’avoir enfin pris le temps de me pencher sur l’archéologie. J’arrive pas à croire qu’il ait fallu tout ce temps, tout ce travail sur moi pour que je comprenne que je pouvais faire ce dont j’avais envie. C’est un peu étrange sans doute, de se dire que la webcam m’a aidé à ça, mais pourtant c’est le cas. C’est les articles, l’écriture, le blog, les shows, l’amour que j’ai reçu. Je crois en moi maintenant, bien plus qu’avant et pour beaucoup plus de choses, pas seulement pour le sexe.

Ce qui est chiant c’est que je peux pas tout mener de front. Soit je révise peu, soit j’écris pas pour le blog, ou alors je suis en retard sur mes articles pour le Tag Parfait. C’est trop compliqué. Du coup c’est la cam qui en pâtit, pour une raison que j’ignore. Je prends pas le temps de me poser sur Chaturbate assez souvent, heureusement que je fais encore des shows privés de temps en temps, sinon j’aurais l’impression de ne plus être camgirl réellement, alors que mes followers eux, n’ont pas cessé de m’envoyer de l’amour, des cadeaux etc… Je me sens redevable. Heureusement, j’ai pris le temps d’envoyer une carte de vœux aux plus fidèles d’entre eux, j’espère qu’ils auront apprécié l’intention.

carte voeux carmina camgirl ninetwenty

Avec tout ça, deux mois se sont écoulés déjà, entre le dernier show avant noël. J’ai passé ma semaine chez le médecin et le gynécologue. Pour faire court, j’ai des soucis de flore vaginale que j’ai du mal à régler depuis quelques mois. Rien de grave, juste un déséquilibre interne mais qui pourrait me rendre plus sensible aux IST et qui est clairement désagréable. Le médecin à qui j’ai confié que j’étais camgirl et que je testais des sextoys régulièrement, pense que ça peut être dû à un excès de jouets, lubrifiant et latex en tout genre. Vachement pratique… Mais cela dit, ça expliquerait pourquoi j’arrive pas à me débarrasser de ça. Cette année j’ai fait pratiquement un show par semaine jusqu’à cet automne, avec parfois des heures de pénétration avec des jouets plus ou moins gros. Au moins, me fait de ne plus avoir le temps pour les shows aura peut-être l’avantage de préserver ma santé.

ninetwenty camgirl 2017

Après un traitement d’antibiotiques carabinés je me décide enfin à faire un show en live. Mais j’ai l’impression qu’il manque quelque chose. D’une part, je cherchais désespérément un partenaire (masculin) pour offrir quelque chose de nouveau aux spectateurs, mais les rares personnes avec qui je serais en confiance pour faire cela ne veulent pas montrer leur visage. Je trouve ça vraiment dommage. Du coup je fais comme d’habitude, en essayant au moins de venir avec un look un peu différent. Mais, même si la cam me plaît toujours autant, je commence à avoir vraiment envie d’ailleurs je crois. Et puis je subis une sorte de petite malédiction. Je prévois des shows et j’ai mes règles, ou bien j’invite Méthylène et l’une ou l’autre doit annuler. Puis je tombe malade, ou bien je suis coincée au bureau. Il y a toujours quelque chose qui me fait reporter. L’argent se fait plus rare, bien entendu,  et mon salaire de temps partiel ne me permet pas de vivre confortablement.

Je crois qu’il va falloir que je m’organise mieux, ou que j’arrête une de mes activités. Mais laquelle ? Tout ce que je fais forme un ensemble qui me rend heureuse. Je ne sais pas comment faire.

La suite au prochain épisode…

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